L’affaire continue par faire grand bruit sur les médias internationaux et plus encore à Lomé. Pour cette forfaiture, les Togolais attendent de voir tirer au clair l’affaire, non sans rester sceptiques sur la volonté des autorités politiques. Et pour cause, les agitations actuelles dans une affaire de moindre gravité par rapport à de précédentes, alimentent les suspicions, à la veille d’une échéance redoutée à la FTF.
Alors que le match avait été joué depuis le 07 septembre, ce n’est que deux semaines après que les autorités togolaises, comme par enchantement, se sont réveillées pour en mesurer la gravité. Pourtant, un mois seulement plus tôt, une forfaiture de la même espèce, n’a suscité qu’une timide sanction de 2 ans à Tchanilé Bana, de la part du Ministre des sports. Du côté du Comité Intérimaire, les gesticulations médiatiques de Antoine Folly, ont à peine servi à divertir l’opinion. Une commission de discipline initiée pour écouter M. Tchanilé ainsi que l’agent de joueurs FIFA, Hugues Rhodes (dans une autre affaire), ne verra jamais le jour.
Mais à compter du vendredi 24 septembre 2010, tout est allé vite, y compris en violation des procédures et des prescriptions légales. C’est à croire à une affaire de sécurité d’Etat. Bien curieux dans un pays où, même le drame de Cabinda, ayant fait deux morts et des blessés, n’a pas suffi à décider les autorités, à , ne serait-ce qu’ouvrir une enquête sur les circonstances dans lesquelles le drame est intervenu et situer au besoin les responsabilités. Chiche !
Le premier à en payer le prix, c’est Mamadou Doucouré. Le tout puissant beau-frère du président du Comité intérimaire, dont la filiation avec le Gal. Séyi Mémène, en faisait un « incontournable », est arrêté par la gendarmerie dans l’après-midi du jeudi 23 septembre 2010. Selon les premières informations, cette arrestation aurait été ordonnée par le Gal. Séyi Mémène, qui déjà la veille, aurait pris une décision démettant le présumé fautif de toutes ses fonctions à la FTF. Une assertion qui sera démentie juste après par une autre, alléguant que le président du Comité intérimaire, avait même tenté depuis Paris où il se trouvait, d’empêcher l’arrestation de son beau-frère. « Il promettait de l’amener lui-même à son retour », nous a confié une source proche du dossier.
Toujours est-il que l’interrogatoire de Mamadou Doucouré par la gendarmerie, va précipiter les choses.
Chronique d’un bruissant « rapt »
Dix jours de léthargie après la forfaiture de Bahreïn, le Comité Intérimaire entreprend subitement de passer à l’action. Et pour cause, des informations selon lesquelles Faure Gnassingbé, aurait cette fois-ci enfin décidé de sanctionner, circulaient. Le vendredi 17 septembre, deux membres du Comité (Antoine Folly et Me. Martial Akakpo) sont chargés d’écouter Tchanilé Bana. Nonobstant, le Ministre Christophe Tchao, instruit par le Chef de l’Etat, s’active aussi de son côté pour la clarification du dossier.
En compagnie de deux autres personnes, M. Tchao auditionne à son tour, le récidiviste Tchanilé Bana. C’était le lundi 20 septembre 2010. « J’ai eu à situer toutes les responsabilités dans la planification et l’organisation de ce match, Bahreïn – Togo lors de cette audition », nous a confié le fugitif technicien. « Les autorités sportives concernées ont tous les éléments d’investigations. Le montant du gain de ce match est de 25 000 Dollars US à partager entre les 22 membres de la délégation », a-t-il précisé. Le Ministre Tchao connait donc dans les détails, le déroulement ainsi que les acteurs du scénario. Mais visiblement, c’est le tout puissant Doukouré qui, surpris par son arrestation inattendue, en a craché plus que la gendarmerie n’en était disposée à en savoir.
Commence alors dès le lendemain, le « rapt » musclé. Vers 5 heures du matin, des individus se présentent chez l’ancien sélectionneur, comme étant des parents aux joueurs du Centre de Formation du Football d’Elite au Togo (CFFET). Un centre visiblement créé par M. Tchanilé pour les besoins de ses matches pipés. Mais on ne sait comment l’ancien entraineur de Semassi de Sokodé, réussit à s’extraire de la trappe posée par la horde d’éléments en civile. Des complicités ?
Mais dans la même journée, la maison de Tchanilé Bana, aurait fait l’objet d’une perquisition aux environs de 17 heures. La porte de sa chambre a été défoncée. Toute la nuit, des personnes à bord d’une 4X4 immatriculée RT 5930 AI, circulait autour de sa maison, a-t-il rapporté à notre rédaction.
Dans la même matinée, l’ancien Ministre des sports Antoine Folly, est à son tour cueilli à son domicile, semble t-il à 3 heures du matin, par la gendarmerie. Jusque là , ce membre du Comité Intérimaire objet de toutes les controverses, faisant des sorties médiatiques pour démentir toute responsabilité de sa part et promettre que toute la lumière sera faite dans cette affaire. Selon certaines informations distillées avec parcimonie, Antoine Folly observerait une grève de la faim dans sa détention. Bawa Bako, adjoint au principal présumé initiateur du match, est également mis aux arrêts.
Au total, trois personnes sont aux arrêts et un autre en fuite dans ce dossier, sans compter des joueurs qui seraient également introuvables. Un peu de trop du goût de Tchanilé Bana qui se demande, « pourquoi tout cet acharnement qui dépasse le cadre du sport, avant d’ajouter depuis son refuge à notre rédaction que, pour des hommes sans mandat d’arrêt ni convocation », cela paraît bien cavalière.
L’échec de la stratégie de la Camora ?
Suite aux premières annonces de Faure Gnassingbé, de sévir suite à cette forfaiture de plus, le Comité Intérimaire, s’est empressé d’infliger une sanction expéditive de 3 ans à Tchanilé Bana. Le lendemain, le technicien togolais qui promettait des révélations, se présente devant la presse pour assumer seul et présenter ses excuses, y compris au Chef de l’Etat. Une stratégie bien connue à la Camora, et qui consiste pour un coupable d’un réseau, d’assumer seul en espérant que les autres vont le sortir plus tard d’affaire.
Mais Tchanilé ne s’est pas contenté que d’assumer. Visiblement outré par les agitations médiatiques de certains de ses complices et leur relai, il a lâché cette petite phrase, qui a trahi la stratégie. « Si je me mets à parler, des têtes vont tomber. A force de chercher à poursuivre le lièvre, on rencontre le lion», a-t-il révélé en substance.
Selon certaines indiscrétions, la démission de Me. Martial Akakpo est intervenue le 18 septembre, soit au lendemain de l’audition de Tchanilé par lui-même et Antoine Folly. Quelle révélation troublante a-t-il entendu et qui l’aurait décidé à jeter l’éponge alors même que la mission principale du Comité, celle d’organiser les élections, était en fin en vue ? On sait aussi que la commission de discipline qui devrait écouter Tchanilé, devrait comprendre également d’autres membres. Pourquoi a-t-on finalement réduit cette commission à deux membres du Comité Intérimaire ? Une volonté de conserver dans le cercle, des informations accablantes pour certains membres ? Et qui donc ?
A présent, Tchanilé se décide à passer au déballage. « Il n’y a qu’un seul membre du comité intérimaire, qui seul a pris l’initiative sur tous les plans, d’organiser ces matches clandestins et moi », a-t-il dit avant d’ajouter, « je n’ai été qu’un exécutant sur le plan technique ».
On est bien loin d’une clarification dans cette affaire. Mais de son issue dépendra pour beaucoup, la stabilité et le sens de responsabilité, dans l’administration du football togolais. Surtout en cette veille des élections qui s’annoncent aux lendemains redoutables à la FTF.
Antoine Folly et Mamadou Doucouré déférés à la prison civile
Hier mardi, l’information est parvenue à notre rédaction, Antoine Folly et Mamadou Doucouré ont été déférés à la prison civile de Lomé.
Interpellés depuis le jeudi 23 et vendredi 24 septembre, Doucouré Bawa Bako et Folly désormais déférés à la prison pourront répondre devant la justice togolaise de leurs responsabilités dans cette affaire de match truqué des Eperviers. Ce matin du mercredi 29 septembre, Doucouré et folly ont été présentés au Procureur de la République. Certainement pour se voir signifier les charges qui pèsent contre eux.