Tommy Sylvestre : « Le Togo peut bien être au second tour »
| TOGO - Foot |
International Togolais, Tommy Sylvestre a marqué de son
empreinte, le football continental dans les années 70 à 80. Installé à la fin de sa carrière à Paris, il a effectué le déplacement de Lomé pour apporter son soutien aux Eperviers avant leur départ pour la CAN. En bon connaisseur du football africain, il se prononce sur les chances du Togo à la CAN 2010 d’Angola.
M. Tommy Sylvestre, vous êtes présent à la dernière séance d’entrainement des Eperviers à Lomé, avant leur départ pour le Congo où ils poursuivront les préparatifs pour la CAN 2010. Quel message vous leur avez apporté ?
      Â
Je Voudrais, M. le journaliste, avant de répondre à votre question, profiter de vos colonnes pour saluer le public togolais et le remercier pour son soutien, d’abord pour nous-mêmes quand on était encore en activité et maintenant pour nos jeunes frères qui portent le flambeau du pays actuellement. Je leur souhaite par la même occasion les meilleurs vœux pour l’année 2010.
      Â
Si je suis venu aujourd’hui, c’est pour remonter le moral aux jeunes. Ils représentent le pays à la plus grande compétition du continent. Le cœur des Togolais va battre à l’unisson pour eux, il faut qu’ils aillent défendre valablement les couleurs du pays. Notre première participation à la CAN remonte en 1972, et 38 ans après, avec six participations on a pu jamais atteindre le second tour. C’est pourquoi je leur ai dit qu’il nous faut aller cette année au second tour.
Â
Comment jaugez-vous les chances du Togo à cette CAN ?
      Â
Nous, nous sommes retrouvés dans un groupe B beaucoup plus relevé que les autres. Mais je vous dis que la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Burkina ne sont pas des foudres de guerres. Sur chaque match, les chances sont 50/50 pour les deux équipes. Alors si le Togo se prépare bien et si les joueurs se donnent à fond sur le terrain, je ne vois pas pourquoi on ne sera pas au 2ème tour. La Côte d’Ivoire et le Ghana sont des adversaires souvent considérés comme favoris devant le Togo mais enfin de compte, la réalité du terrain a souvent montré autre chose. C’est ce que j’ai expliqué à Agassa et les autres. Ils doivent se battre pour être au second tour, vouloir c’est pouvoir.
      Â
Pour la première CAN du Togo en 1972, vous étiez le goal titulaire. Avant d’accéder à cette CAN, le Togo a éliminé le Ghana. Cela n’a pas été facile ?
Â
C’est vrai, le Ghana était un gros morceau et pour ce match personne ne pariait sur nous. A l’aller à Lomé nous avons fait 0-0 et Robert Mensah le gardien des Black Stars m’a dit qu’on prendra 5-0 au Ghana. Au match retour, on les a battus à Accra par 1 à 0 puis la même nuit, leur président a dissout la sélection des Black Stars.
      Â
Vous aviez fait une partie extraordinaire.
Â
Les gens le disent comme vous. Mais on ne peut pas danser et s’apprécier. Je me souviens qu’il y a eu une action qui a marqué tout le monde. On était à la 116mn et le score était de 1 à 0 en notre faveur. Sur un tacle de notre arrière centre, l’arbitre a sifflé un penalty. Mes partenaires se sont mis à protester auprès de l’arbitre. Alors, je ne sais pas ce qui m’a pris, je suis allé retirer la balle et je l’ai donné à l’arbitre pour que le penalty soit exécuté. Je vous assure que tout le monde était surpris, y compris mes partenaires. On tire le penalty et moi je l’arrête. Donc le Togo s’est qualifié pour sa première CAN et tout le Ghana a passé une soirée de deuil.
Â
Et vous êtes allé à Yaoundé.
Â
Là , il faut le souligner, Yaoundé était notre première CAN et on avait aucune expérience d’une telle compétition. Cependant nous n’avons pas été ridicules. La bonne surprise à la fin de la compétition est ma désignation comme meilleur gardien de but de cette édition. La consécration a été confirmée puisque j’ai été élu par la suite meilleur gardien d’Afrique de cette année 1972. C’était un moment extraordinaire pour un petit portier togolais de 26 ans de se voir couronner devant des grands gardiens de but tels que Kazadi, Matsima et autres…C’est alors que j’ai été retenu dans la sélection Africaine pour prendre part à un mini Mondial des confédérations au Brésil. J’étais le seul Togolais à cette compétition mondiale.
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Après vous avez quitté le Togo ?
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Oui mais avant mon départ il faut signaler que les autorités de notre pays m’ont plutôt remercié du revers de la main à mon retour du Brésil. J’étais scandalisé par ce qui s’est passé. Je suis revenu du Brésil un vendredi et le samedi on envoie chez moi un commissaire de police pour me retirer mon passeport. Les investigations ont montré que l’ordre est venu du Ministre des sports d’alors, M. Koffi Mathieu. Trouvez-vous cela logique ? Donc à la suite de tout cela, j’ai refusé pendant 2 ans de jouer en équipe nationale. Et en 1974 j’ai quitté mon pays pour m’installer en Côte d’Ivoire.
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Vous avez fait une brillante carrière en Côte d’Ivoire. Mais votre passage à l’Etoile Filante de Lomé n’a pas été moins brillant ?
Â
J’ai débuté pratiquement ma carrière à l’Etoile Filante. Je suis arrivé en 1964 dans le club à l’âge de 16ans en provenance d’Africa Sport, une petite équipe du quartier de Bè. J’ai été introduit dans l’équipe par Galé Tchétché qui était portier titulaire à cette époque. En 1965 il va partir pour aller jouer en Hollande et j’ai immédiatement pris sa place de titulaire dans les buts de l’Etoile de 1965 à 1974. On a raflé des titres de champions et des coupes nationales. En 1969 nous avons disputé la finale de la coupe d’Afrique des Clubs champions (actuelle Ligue des champions) contre TP Anglobère. On a perdu par manque d’organisation à l’aller sur le score de 0 contre 5. Au retour à Lomé nous avons raté de peu de renverser la vapeur en gagnant par 4 à 1.
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En Côte d’Ivoire vous avez fait le Stade et le Stella ?
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J’ai été sacré 2 fois meilleur gardien du championnat ivoirien et j’ai remporté avec ces clubs à deux reprises la coupe Eyadema de l’UFOA. Au stade d’Abidjan où je suis resté de 1974 à 1978 j’ai fait 48 matches sans défaite et on m’appelait Monsieur 50%. C’est avec le Stella que j’ai connu plus de gloire. Là , j’étais même surnommé Monsieur 60%. Le club a gagné son premier titre de champion de Côté d’Ivoire dès ma première saison en 1978 – 1979. La saison qui a suivi nous avons remporté la coupe de l’UFOA. Mon passage à Abidjan a été tout simplement merveilleux et jusqu’aujourd’hui des gens continuent à m’inviter pour venir m’installer en Côte d’Ivoire
Â
Quel est votre regard d’ancien joueur sur le football national ?
Â
Justement le Togo est l’un des rares pays au monde où les anciens joueurs sont catégoriquement écartés des instances décisionnelles du football national. Je ne veux pas me mêler des problèmes que traverse notre football mais je suis sûr que l’association des anciens joueurs doit être l’une des clés de résolution de ces crises. Je vous dis que je suis venu ici aujourd’hui voir mes petits frères en préparation pour la CAN parce que j’ai rencontré le DTN Elitsa au Bénin, pendant le tournoi de l’UEMOA, et il m’a invité à venir remonter le moral aux joueurs.
Â
Quand le coach et les joueurs m’ont vu, vous avez observé leurs réactions. C’est ça, entre joueur, on se comprend en peu de mots. Nous sommes nombreux en Europe à avoir joué au haut niveau pour le pays mais on est toujours surpris qu’on ne nous demande jamais d’aider à la détection ou à la prospection des jeunes, au lieu d’envoyer d’ici, avec des millions, des gens qui viennent faire du tourisme dans des pays qu’ils ne maîtrisent pratiquement pas.
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